Wednesday, 05 August 2020

I INTERVIEWS

Thursday, 07 May 2020 12:07

Interview : Estelle Koudjonou , « la presse écrite, un milieu macho »

Le journalisme attire les femmes. Elles sont de plus en plus nombreuses à embrasser ce métier à la fois  gratifiant et ingrat. Cependant, dans cette profession  où les stéréotypes et barrières du genre ne sont pas faciles à surmonter, très peu d’entre elles arrivent à occuper des postes de décisions. Dans cet entretien avec la Directrice de Publication du groupe de presse « Kamgou », Estelle Koudjonou, l’une des plus jeunes et rares femmes responsables d’organes de presse au Togo, Togotopnews vous plonge dans l’univers des patronnes de presse au Togo. Lire plutôt :

Présentez-vous à  nos lecteurs

Nous vous remercions pour l’opportunité offerte pour parler de nous. J’adore faire parler les gens mais j’avoue qu’il m’est difficile de parler de moi (Rires). Je suis Estelle KOUDJONOU, journaliste, directrice de l’agence de communication AKOFA PROD et directrice du groupe média KAMGOU. Je suis également actrice comédienne et comme on ne finit jamais d’apprendre, je suis aussi étudiante en licence professionnel en journalisme. 

Parlez-nous brièvement de votre parcours professionnel

Mon histoire avec les médias a commencé en 2011 quand j’étais encore étudiante en droit à l’Université de Lomé.

J’ai  donc commencé par l’audiovisuel plus précisément à la TV2 en tant qu’animatrice télé, ensuite je me suis retrouvée à la RTDS pour enrichir mon expérience. C’est là qu’a démarré véritablement ma carrière journalistique mais  toujours dans ma quête du savoir dans l’exploration d’autres horizons, je n’ai pas hésité à saisir une perche tendue pour animer un programme sur la LCF.

Concomitamment aux études et à la télé, j’animais également les événements. Après la fermeture de LCF, j’ai ouvert une petite entreprise qui n’avait aucun rapport avec le journalisme mais j’ai toujours senti ce virus en moi; ce qui a conduit à la création de l’agence AKOFA PROD que nous avons la grâce de diriger aujourd’hui et qui est spécialisée dans la production audiovisuelle, communication et événementiel.  La branche communication produit le groupe de média KAMGOU composé d’un journal écrit (KAMGOU), d’un journal en ligne (www.kamgou.info), d’une chaîne télé YouTube (KAMGOU TV) et d’une page Facebook (Kamgou).

Nous faisons au niveau du journal écrit qui est un bimensuel, le décryptage de l’actualité politique, des dossiers de société, des reportages, des interviews..., le journal en ligne fait beaucoup plus dans le factuel, le relais de l’actualité au quotidien mais aussi des dossiers et interviews parfois. Sur KAMGOU TV, des couvertures médiatiques et des reportages. Sur la page facebook, nous mettons la substance de l’actualité.

L’agence AKOFA PROD fait également des réalisations de spots publicitaires, des documentaires, bientôt des fictions s’il plaît à Dieu.

Le parcours est si petit mais il n’a pas été facile, disons-le mais nous rendons grâce à la Providence pour tout. Je voudrais remercier toutes les personnes qui ont permis que ce rêve devienne réalité. Merci infiniment.

Qu’est-ce qui vous a motivé à devenir journaliste ?

Je dirai que le journalisme m’a choisie, je n’ai pas choisi le journalisme. Je me voyais avocate, magistrate ou diplomate mais  tout est parti d’un coup de fil. J’ai participé en effet à une émission interactive à la télévision et c’est comme ça que j’ai été repérée. Mais depuis  que le journalisme m’a choisi, je vis une passionnante histoire d’amour.

Quand et pourquoi avez-vous décidé de créer le groupe de presse « Kamgou » ?

L’idée de création du groupe de presse Kamgou a été concrétisée en 2018 suite à un échange avec un mentor que je remercie encore au passage et après une observation du paysage médiatique togolais un peu dépourvu de femmes surtout dans la presse écrite, un milieu macho. Figurez-vous qu'au niveau du journal papier,  sur une centaine de patrons de presse, il n’y avait quasiment pas de femme patronne de presse. Aujourd’hui, nous ne sommes d’ailleurs que deux au Togo(Rires). Je m’étais toujours demandée pourquoi les femmes s’intéressent peu à ce domaine. C’est l’envie de relever ce défi qui a motivé la création du groupe de presse KAMGOU composé d’un journal écrit (KAMGOU qui fait dans l’actualité en général), d’un journal en ligne (www.kamgou.info), d’une chaîne télé YouTube (KAMGOU TV) et d’une page Faceboook(Kamgou). Il est produit par l’agence de communication AKOFA PROD spécialisée dans la production audiovisuelle, la communication et l’événementiel.

Etre patronne de presse au Togo, est ce facile ? Quelles sont les difficultés récurrentes que vous rencontrez ?

Rien n’est facile d’ailleurs dans la vie certes mais j’avoue que la presse écrite exige plus de sacrifices. Elle exige d’abord plus de moyens financiers, des nuits sans sommeil surtout  les jours de bouclage. Des fois je rentre à 2h voire 4h du matin, juste un petit sommeil et tu reprends la route pour les occupations du jour. Il m’est arrivé à maintes reprises de passer deux jours successifs sans dormir (Rires). 

L’une des difficultés, c’est de trouver d’abord les bonnes personnes pour le travail, des partenariats, des annonceurs puisqu’avec le foisonnement de la presse en ligne et les réseaux sociaux, les informations sont diffusées à l’instant T et les gens ne s’intéressent plus trop à la presse écrite mais le journal papier garde sa spécificité dans tout ce maillage et avec une formule d’adaptation, nous poussons.

L’autre difficulté, c’est l’environnement politique dans lequel nous vivons et qui influence les lignes éditoriales. J’ai personnellement comme impression que le journalisme de combat des années 90 se poursuit aujourd’hui avec la bipolarisation de la presse. Les rapports sont tendus voire violents, tu es étiqueté tout suite pour une analyse ou une prise de position sur un sujet et ça rend un peu complexe le libre exercice du métier.

Comment arrivez-vous à s’en sortir

D’abord le travail, le sacrifice de soi, celui des collaborateurs aussi, ensuite grâce à certains partenaires, au soutien de certaines personnes qui croient en nous. Nous profitons de l’occasion pour remercier tous nos partenaires.

Quid de vos relations avec les  journalistes hommes ?

J’ai de très bonnes relations avec les confrères journalistes, la confraternité dans le respect et la courtoisie. Rassurez-vous, je ne suis aucunement complexée devant mes pairs.

Vous êtes également actrice et comédienne, comment arrivez-vous à concilier ces différentes occupations ?

En effet, j’ai plusieurs cordes à mon arc mais ça se passe bien. Tout est question d’organisation et de planification. Il y a un temps pour être sur scène sous les feux des projecteurs, c’est à dire devant la caméra, un temps pour être derrière la caméra, un temps pour prendre le stylo ou le micro, un temps pour étudier et un autre pour souffler aussi...  (Rires) 

Un mot sur  la célébration du 3 Mai

Cette célébration intervient dans un contexte un peu particulier à cause du covid-19 qui a mis pratiquement tout à l’arrêt mais la presse quant à elle ne connaît pas de répit.

Elle s’adapte à la situation avec le service minimum et est au centre des sensibilisations, de toutes les actions. Je nous encourage à tenir et à jouer notre partition malgré le contexte difficile actuel dans lequel nous travaillons pour arriver à bout de cette pandémie.

Le thème mondiale de cette année est « Le journalisme sans crainte ni complaisance». Il s’agit d’exercer le journalisme sans rien redouter et sans plaire à quiconque, il nous renvoie juste au code de la presse et aux règles de la déontologie qui régissent notre noble métier.

Si je remonte à l’origine même de cette célébration, c’est pour défendre ce qu’il y a de plus cher au journaliste, c’est-à -dire la liberté d’expression partout où ce droit fondamental est bafoué.  Le Togo a gagné le 21 avril dernier cinq places dans le classement mondiale de la liberté de la presse 2020 de Reporters sans frontières, vivement que cette liberté soit pérenne pour le bien être des journalistes togolais dans l’exercice de leurs activités.

Cette journée doit  être aussi l’occasion pour nous de nous pencher  sur nos problèmes et les maux qui minent notre corporation. Certaines actions sont déjà enclenchées dans ce sens, vivement leur aboutissement pour le bien de tous.

Un conseil aux jeunes consœurs journalistes ?

Aimer son travail et le faire d’une manière professionnelle. Le journalisme est un métier noble, il est parfois ingrat. On n’y entre pas pour devenir milliardaire. Il faut avoir la passion pour ce métier et vous foncerez malgré les difficultés. Ne vous minimisez pas, ne vous sous estimez pas, croyez en vous. Vivement plus de femmes patronnes de presses les années à venir.

Interview réalisée par Hélène Doubidji

 

Last modified on Thursday, 07 May 2020 12:07

Leave a comment

Make sure you enter all the required information, indicated by an asterisk (*). HTML code is not allowed.

Togotopnews, le top de l'actualité Togolaise

Tel:

00228 91 90 30 65
00228 97 15 64 47

Facebook